Création artistique :
Mathilde Desmoulins
Bérénice Doncque
Mathilde Vieux-Pernon
Lucas Bernardi
Yves Doncque

Régies :
Florian Lyonne

Production :
Marine Daviau
Siriane Pivot

Création automne 2021


Note d’intention :

L’équipe du Théâtre du Réel, fortement ancrée dans un travail de création en lien avec une pratique de culture et d’éducation populaire, intervient depuis toujours au sein de différentes institutions et avec différents publics, afin de vérifier, d’approfondir et de transmettre sa démarche théâtrale. Cette démarche consiste essentiellement à questionner et critiquer le monde dans lequel elle existe, à dialoguer avec ses contemporain·e·s et à bousculer leurs idées, dans le burlesque (la plupart du temps) comme dans le tragique (parfois). De la richesse de ces interventions et des échanges qui en ont découlé est née l’idée de la prochaine création, que le Théâtre du Réel entamera à l’automne 2020, après trois ans de résidence à L’heure bleue de Saint-Martin-d’Hères autour du thème « Étranges frontières ».

Un théâtre tout terrain

Le Théâtre du Réel cherche constamment à ouvrir ses spectacles au plus grand nombre. Pour cela, il n’hésite pas à bousculer les schémas classiques de représentation du spectacle vivant, que ce soit par la création des « petites infamies », déclinaison en courtes formes de cinq à vingt minutes du spectacle Infâmes! (2014) à propos des inégalités de genre, ou encore par la modularité des spectacles Y a-t-il trop d’étrangers dans le monde? (2017) et Vies d’ailleurs, gens d’ici – Au pays des droits de l’autre (2019), également déclinés en représentations techniquement autonomes, pouvant ainsi s’adapter à des salles non dédiées au spectacle vivant, comme à tout espace public. L’objectif est de transformer le « public simplement voyant, voire voyeur » en « public acteur ». Il s’agit également de s’adresser au plus grand nombre, avec une attention particulière envers celles et ceux pour qui le théâtre est un inconnu. Ce partage de l’acte théâtral, que l’équipe du Théâtre du Réel applique dans ses interventions dans les établissements scolaires, universités, IEM ou encore MJC, se met d’ores et déjà en place et s’ancre dans ses spectacles. Le plus souvent, il s’agit d’amener le « non-public » au théâtre mais trop rarement est envisagé que le chemin se parcoure dans le sens inverse, que les spectacles viennent au public absent.

Un triptyque pour touste·s

Le Théâtre du Réel a donc ici choisi de créer une forme hybride : une création intégrant plusieurs « micro-spectacles », chacun parlant à un âge différent, pouvant s’adresser aux différents genres, et ce dans différentes formes théâtrales, chacune adaptée au(x) propos tenu(s). Nous voulons inventer un véritable spectacle (pour) tous publics, où chacun·e pourra se reconnaître, se regarder, se comprendre, se (ré)inventer sans se perdre, et nous accorderons une attention toute particulière à la grande enfance. En effet, nous pensons que, sinon tout, beaucoup de choses se jouent là, notamment dans la compréhension, donc l’acceptation de la/des différence(s). Suivant l’âge que nous avons, nous ne regardons pas le monde avec les mêmes yeux, et notre regard d’enfant ne capte pas les mêmes émotions, les mêmes messages, ou pas de la même façon, que notre regard d’adulte ou d’adolescent·e. Ce spectacle a l’ambition de s’adresser à toutes les personnes, toutes nos personnes, mais à partir d’un regard d’enfant, un regard qui découvre, qui s’interroge, qui n’a pas toutes les réponses, et encore moins tous les préjugés, et qui (ne) demande (qu’)à apprendre.

« Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve.»
William Shakespear

Ce triptyque trouvera sa cohérence dans le chemin qui mène au passage à l’acte, à la lutte. Nous avons choisi la figure de la sorcière comme fil rouge et articulation du triptyque. Pour ce faire, il prendra la forme suivante :

  • Enfance (5-8 ans, grande-section-CE2) : avec ce public, nous souhaitons définir un nouvel imaginaire moderne fondé sur l’égalité de genre. Ainsi irons-nous explorer les contrés oniriques de la fiction et du fantastique, là où l’on rêve de ce que l’on va devenir. Des grands mythes jusqu’aux éditions Talents Hauts, nous puiserons notre inspiration dans les récits d’hier et d’aujourd’hui.
  • Pré-adolescence (9-12 ans, CM1-5ème) : avec cet âge nous passerons des histoires à l’Histoire, où celles qui ont trop longtemps été exclues de la culture dominante doivent retrouver leur juste place et bercer les quêtes de ces enfants qui grandissent. Dans ce travail, nous nous appuierons sur des œuvres qui redécouvrent l’histoire à travers un regard féministe (Les culottées de Pénélope Bagieu, Histoires du soir pour filles rebelles, aux éditions Les Arènes).
  • Adolescence (13-18 ans, 4ème-terminale) : après les figures du passé, nous poursuivrons notre voyage temporel en mettant en perspective les actrices des luttes d’aujourd’hui et de demain. Dans une période où les lignes bougent, ces adultes en devenir devront inventer le monde de demain et ses repères. Virginie Despentes, Mona Chollet, Catherine Zambon, etc. nous  accompagnerons dans cette aventure.

Un ancrage scolaire

Depuis sa création, le Théâtre du Réel intervient dans les établissements scolaires, tous niveaux confondus, depuis la maternelle jusqu’à la faculté. Ces interventions influent sur nos créations, depuis la phase de réflexion à la table jusqu’aux représentations. Les questionnements qui jaillissent au sein des ateliers donnent matière à créer. Dès lors un jeu de miroir s’instaure entre nos créations professionnelles et les créations de nos ateliers. Pour autant, nos spectacles précédents ne s’adressaient pas aux publics les plus jeunes,
malgré notre envie de partager l’aboutissement de nos réflexions, un moment de théâtre sur un plateau. Une forme inclusive, les invitant à nous rejoindre mais aussi s’invitant dans leur quotidien, au-delà d’une démonstration dans une logique de partage théâtral s’est imposée comme évidente. Cette création est faite pour vivre dans le quotidien des enfants et des adolescent·es : une cour de récréation, un couloir, un parc, une cantine. L’ambition est d’amener un élément impromptu dans un lieu qui leur est quotidien et familier, dans l’idée que les spectateur·ices se sentent libres de réagir, d’intervenir ou non, dans la représentation. Un travail en amont avec l’équipe pédagogique des établissements scolaires, mais aussi avec des associations travaillant sur les thématiques d’égalité de
genre et de prévention sera nécessaires pour laisser la place à tout l’éventail de réactions chez les spectateur·ices.

Les femmes dans les luttes

La forme de cette nouvelle création se veut donc inclusive. Et, pour rester en cohérence avec notre parcours précédent sur la question des frontières, nous nous proposons d’inventorier celle/s qui est/sont sans doute originelle/s, et ultime/s, autrement dit celle/s qui divise(nt) les sexes, avec toutes les incompréhensions et les inégalités qui accompagnent et qui semblent parfois fonder la notion de genre(s). Déjà évoquées par la compagnie lors de la création de Infâmes!, cette/ces frontière/s sera/seront cette fois-ci abordées sous l’angle des luttes, entre autres celles des Femmes. Trois comédiennes seront sur scène pour proposer aux publics des portraits et des situations de femmes, mais pas que, en lutte, et pour des causes aussi bien intimes qu’universelles.